Le Carnet de Root du Tour du Monde de Marie et Greg. 1 an de voyage de l'Amérique du Sud à l'Afrique Australe en passant par l'Asie, à la rencontre de la nature et des hommes...
14 Avril 2008
Sequence coutumes et modes de vie
Les Maharajas : mythe ou realite?
Depuis des millenaires, le Rajasthan (litteralement Terre des Rois) est peuple de guerriers Rajput organises en clans. Le Maharaja, Maharani ou Maharawal (selon qu'on parle de celui de Jaipur, Jodhpur ou Jaisalmer) controlait et dirigeait son territoire depuis son palais, abrite dans une ville fortifiee
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Le fort de Jaisalmer, forteresse imprenable au milieu du desert du Thar
"Vaincre ou mourir" telle etait l'alternative autorisee par leur sens de l'honneur exacerbe. En cas de siege prolonge de sa forteresse, si la situation s'averait sans recours, le Maharajah n'hesitait pas a ordonner le jaular, le suicide collectif des civils. Les femmes et les filles se paraient de leurs plus beaux habits et de tous leurs bijoux, et apres une courte ceremonie au son des tambours, s'immolaient sur un bucher. Les hommes coiffaient alors leur turban orange et sortaient hors des murs mener une derniere attaque deseperee, pour tuer le plus d'ennemis possible avant d'affronter leur mort certaine.
Devant l'extension du Raj britannique, les maharajas s'allierent aux anglais, en echange d'une autonomie relative. La prodigalite prit alors le pas sur l'esprit chevaleresque. Au debut du XXeme siecle, les maharajas passerent leur temps a voyager a travers le monde, occupant les hotels les plus prestigieux de la planete, au detriment du developpement economique de leurs etats.
Apres l'independance, l'Union Indienne negocia leur adhesion. Ils conserverent leur titre et leurs biens et se virent octroyer une rente annuelle. Quelques decennies plus tard, Indira Gandhi mit fin a cette situation privilegiee... Aujourd'hui, les maharajas n'ont plus aucun pouvoir, mais conservent leur titre, et pour la plupart, leurs palais, qu'ils transforment judicieusement en musees, ou en hotels de luxe. Ce sont souvent de grands commercants, qui font de bonnes affaires :-) (dixit un de nos guides...)
JAISALMER
Le trajet entre Jodhpur et Jaisalmer a ete epique et eprouvant! Revenus a nos premieres amours, nous avons embarque armes et bagages dans un bus local vers 10h du matin. Comme de juste, il est rempli de locaux dont une majorite semble handicapee des zygomatiques. La route traverse une campagne aride et poussiereuse. Il commence a faire tres chaud, nous sommes aux portes du desert du Thar. Apres 2h de trajet, une forte explosion nous met le trouillometre a zero. Le Pakistan attaque? Non, c'est juste un des pneus qui vient d'eclater... Tout le monde descend et s'accroupit docilement a l'ombre d'un arbre famelique.

En attendant le prochain bus...
Le pneu de secours est sur le toit... mais il n'y a pas de cric! Une demi-heure plus tard, un second bus pour une destination qui n'est pas la notre s'arrete. Les 3/4 de nos passagers s'y engouffrent. Nous perdons d'un coup tous nos rares amis (j'entends par la ceux qui avaient souri et pose le trio de questions rituelles et auto-suffisantes... de quel pays es-tu, quel age as-tu, etes-vous maries...auto-suffisantes parce que la reponse a la derniere question - que nous donnons positive pour eviter toute polemique - marque la fin de la conversation. Ils ne veulent rien savoir de plus et s'en vont sans rien ajouter).
10 minutes plus tard, le chauffeur nous fait signe de remonter dans notre bus. Il a decide de rouler avec son pneu eclate. Mais ca fait un tel boucan qu'on s'arrete aussitot. 20 minutes apres, la gomme du pneu decoupee (conformement a la religion hindoue, les pneus ont ici plusieurs vies :-), nous reprenons la route sur la jante, pour faire etape au village suivant ou nous debarquons en attendant le passage du prochain bus public a destination de Jaisalmer. Il fait terriblement chaud, nous prenons notre mal en patience, le compteur zenitude est au vert.
1 heure plus tard (Anne ma soeur Anne ne vois-tu rien venir?), le bus-messie arrive enfin. Mais il est plein. Tant pis, on s'entasse. Avec nos gros sacs dans la travee, presses les uns contre les autres.

Dans la travee de notre nouveau bus a destination de Jaisalmer...
Mon derriere est une cible ideale pour les contacts baladeurs. Je les maudis... Le compteur zenitude vire au orange.. Et il y a cette femme et sa fille d'une dizaine d'annees, qui noux fixent sans sourire pendant une bonne heure et finit par m'arracher mon paquet de gateaux des mains alors que je leur en proposais un, le glisser dans son sari sans retrouver ni son sourire, ni sa voix pour dire merci. Dur... Heureusement, nous finissons par trouver un siege a proximite d'une ou deux personnes un peu moins froides, auxquelles, pour tenter d'approfondir un peu l'echange apres les questions rituelles, nous montrons notre petit album photos de france : la Tour Eiffel, le Sacre Coeur, nos familles et Zeze avec ses lunettes de soleil qui les fait beaucoup rire!
Le temps passe a haute temperature et petite vitesse, jusqu'a l'arrivee a Jaisalmer. Il est pres de 18h. 2 km avant la station d'arrivee, un rabatteur monte dans l'habitacle et se faufile entre les sieges pour s'assoir a cote de Greg et lui faire son boniment. Mal lui en a pris! 5 minutes plus tard il repartait la queue entre les jambes, en disant "sorry, sorry". En 2 temps 3 mouvements j'ai vu mon Greg passer du orange au rouge et lui lancer ses verites a la tronche, sans pitie. Un rabatteur de moins dans les jambes! Mais c'etait sans compter sur les 4 autres qui nous attendaient a la station de bus, sans autres touristes a se mettre sous la dent! Vous savez pourquoi ils ont invente le niveau ecarlate dans le plan Vigipirate? parce qu'il y a encore un degre apres le rouge!! :-)
Est-il possible de voyager heureux et detendu en Inde?? sans etre un voyageur credule (auquel cas on se fait entuber mais on ne se rend compte de rien et tout va pour le mieux) ou en voyage organise (ou ladite organisation a le grand merite de preserver les touristes d'un max d'arnaques en tout genre)...
Jaisalmer est une ville du desert. Une ville de sable dore surplombee d'un fort de gres blond. Ce qui lui vaut le surnom de Golden City. Le fort est une veritable ville dans la ville, parcourue de ruelles etroites bordees de havelis magnifiquement sculptes. La vie y est familiale et on aime beaucoup l'ambiance.

Le fort et la vieille ville dores
Le palais du Maharaja ne denote pas dans la serie des palais rajasthani. Au cours de son histoire, les maharajas de Jaisalmer ont ordonne par 2 fois le jaular, a la suite de sieges interminables (de plus de 8 ans quand meme!). Il fait une chaleur torride. C'est beau.
Mais apres les escales relativement "harcelement-free" d'Udaipur et Jodhpur, on retrouve la pression insistante des rabatteurs, enfants et rickshaw-wallas en tout genre. A chaque coin de rue, devant chaque magasin. C'est fou comme ca peut gacher le plaisir, et le paysage. Ces agressions viendraient a bout des plus patients... (faut pas croire, ya pas que nous qui sommes sur les nerfs! :-) Qu'est-ce qui rend ce pays si agressif? Car parfois, tout peut tourner a l'agression. les klaxons incessants, les odeurs insoutenables, les epices qui t'enflamment la bouche et te retournent l'estomac, la foule oppressante, les "hello" imperatifs et hargneux, les "give me roupie" des enfants qui s'accrochent... Et le pire, c'est que ca te rend agressif a ton tour, et que cette transformation se fait insidieusement, a ton insu... Tu renvoies plus que vertement le nieme rabatteur de la journee dans ses 20 m, puis tu te regardes et tu te dis "mince, j'ai fait ca? Mais ca ne m'est jamais arrive ailleurs!" La seule chose qui nous rassure c'est qu'ils ne sont presque pas plus tendres entre eux qu'avec nous. L'auteur indien que je lis explique que l'enervement, les bagarres, la tension, augmentent graduellement avec la temperature pendant les 2 derniers mois avant la mousson (on est en plein dedans la), jusqu'a ce que l'arrivee de la pluie soulage toutes les passions... C'est peu etre en partie pour ca. Mais on pense plutot que le pays est tellement surpeuple (plus d'1 milliard d'habitants au dernier rescencement qui date deja de 2001) qu'il y a une competition feroce. Struggle for Life. Le seul moyen de survivre est de bouffer le voisin.
Apres m'etre battue avec 2 ou 3 indiens dans la file d'attente du guichet de la gare (1 main pour proteger mon derriere, l'autre a batailler pour donner mon formulaire avant tout ceux qui font mine de me passer devant comme si je n'existais pas), je reussis a acheter nos billets retour a Delhi pour dans quelques jours. A cet instant la, vraiment, je les deteste!
Le diner est enfin l'occasion d'abandonner notre regime vegetarien autour d'un bon poulet tandoori avec Natacha et Ken, un couple franco-americain que nous avons deja rencontres a 2 reprises.
Avec Ken et Natacha, autour d'un bon poulet tandoori
Chacun sa croix, eux galerent avec leur chauffeur qui les emmene dans des hotels moches, excentres et chers, et un choix de restos similaires pour choper des commissions. C'est une lutte epuisante tous les jours pour arriver a aller la ou ils ont envie d'aller. Ils ont decide de finalement rompre le contrat et de continuer sans lui. Miam miam l'Inde! :-)
Une seule solution pour se ressourcer un peu : s'isoler dans le desert du Thar! Au depart un peu sceptiques sur les safaris a dos de dromadaire (commercial et souvent survendu cette affaire!), on s'est finalement dit "on n'est pas venus jusque la pour renoncer a s'enfoncer au coeur du Thar"! Et tant qu'a choisir entre la jeep et le dromadaire, on a prefere chevaucher! On a donc signe pour 2 jours et demi, et 2 nuits...
L'album de l'Inde est en ligne sur le blog...