3 heures de bus (les doigts dans le nez apres les trajets de 27h en Amerique du Sud! :-) nous ont conduits de Chiang Mai a Chiang Rai un peu plus a l'est, dans l'extremite septentrionale de la Thailande. Apres la decouverte de la ville (un petit temple par ci, quelques bonzes par la, des nouilles sautees, des beignets de crevettes et 2 bonnes heures d'internet pour mettre a jour le blog), nous nous sommes attaques aux choses serieuses... Passer deux jours a sillonner les environs, par nos propres moyens, sans sacrifier aux tours ultra-organises des multiples agences du coin. Au programme de la premiere journee, le village de Mae Sai et la frontiere Birmane bien gardee (un pont au dessus d'une riviere a peine large de 3 metres), et le Triangle d'Or (point de convergence Birmanie-Thailande-Laos, sur une patte d'oie du Mekong). Il nous a fallu emprunter 2 bus locaux, 4 camionnettes et un bateau 'longue queue' (en reference a la longue tige au bout de laquelle se trouve l'helice, a l'arriere du bateau) pour boucler l'itineraire.

Le bus local entre Chiang Rai et Mae Sai
Les paysages du coin ne sont pas sensationnels, l'interet est plutot 'politico-geographique' (et encore!). Le Triangle d'Or usurpe le nom d'une region beaucoup plus vaste, couvrant une partie importante des 3 pays et connue pour la culture de l'opium. Aujourd'hui, les touristes viennent se prendre en photo devant un panneau 'Golden Triangle' sur fond du Mekong separant les 3 pays, des terres planes et decouvertes sur lesquelles plus aucun pavot ne pousse. Bon ok, on l'a fait aussi! :-)

La frontiere Thailande-Birmanie sur le pont de Mae Sai, et la photo "touriste" du Triangle d'Or
On y vend des T-Shirts et les femmes de minorites ethniques alentour viennent aligner leurs enfants en habits traditionnels devant les appareils photos occidentaux. Bouh! Finalement, ce qu'on a prefere, c'est la descente du Mekong en bateau jusqu'au village suivant, entre les rivages thailandais et laotien, 'Tonnerre Mecanique' aux commandes (cf video).
Et aussi le remarquable musee 'Hall de l'opium' qui retrace les origines, l'histoire et les impacts sociologiques et economiques de la culture de l'opium. Un exemple parfait de "l'effet papillon" (comment un battement d'aile a un bout de la planete peut provoquer un tsunami a l'autre bout). Pour vous en faire un resume : parce qu'une reine d'Angleterre amatrice de the (alors que seuls les hommes en consommaient, et a discretion, a l'epoque) a mis la mode au pays, la Grande Bretagne s'est mise a importer du the de Chine. Pour pouvoir monnayer les quantites astronomiques de the necessaires a leur consommation, les anglais se sont servis de leur comptoir commercial Indien (la Compagnie des Indes), pour exporter l'opium Indien et le vendre aux chinois. Ils ont provoque ainsi la plus grande toxicomanie a grande echelle de l'epoque (14 millions de chinois dependants, un pays exangue), puis les guerres de l'opium qui ont conduit la Chine a ceder des territoires aux Anglais, comme Hong Kong. Aujourd'hui, on derive la morphine et l'heroine de l'opium, avec les effets que l'on sait. Malgre les efforts du gouvernement pour developper des cultures de substitution, les minorites ethniques montagnardes continuent a produire du pavot et a nourrir le plus important banditisme mondial. Le traffic de drogue genere chaque annee 400 milliards de dollars, soit pour vous donner un ordre de grandeur, moins de la moitie du PIB de la France ou plus de 30 fois le chiffre d'affaires de Danone (comme quoi, pour gagner sa croute vaut mieux faire de la drogue que des yaourts! :-)
Notre deuxieme journee a ete plus haute en couleurs. Apres un bout de route en bus local, nous avons negocie avec un chauffeur de camionnette (Song Thaew, litteralement "2 banquettes" :-) une balade de 5h dans les petits villages montagnards des minorites ethniques. Magnifiques paysages dans la brume matinale : champs de bananiers, rizieres inondees, arbres fruitiers ou plantations de the etagees a flanc de montagne. Les Akhas, d'origine sino-tibetaine, vivent dans des maisons de bois sur pilotis, coiffees d'un toit de palme. Les femmes portent une jupe, une blouse et des guetres (autour des mollets) indigo rehausses de broderies colorees. Elles portent sur la tete une lourde coiffe de pieces d'argent.
Portraits Akhas Les Yao, originaires du sud de la Chine, ont le visage rond caracteristique des chinois. Les femmes portent sur une longue tunique indigo un boa rouge flamboyant. Les gens sont tres souriants, amicaux et fiers de poser pour les photos. De belles images plein les yeux.
Portraits Yao Maman, Michele et Pong sont parties hier soir terminer leur sejour a Phuket, au soleil. De notre cote, nous continuons la route vers le Laos!